Territoire liquide

Quelques pistes de réflexion sur la  liation DATAR / FTL et la définition de territoire liquide

par Raphaële Bertho, février 2013

À l’image de son ainée, la Mission photographique de la DATAR, le projet France(s) territoire liquide est un projet de son époque. Renouvelant avec pertinence les termes de la mission, chacun de ces projets a su formuler avec acuité une proposition croisant les problématiques de la photographie comme du territoire. Il convient sans doute de revenir sur l’une et l’autre pour mieux saisir la  liation ici à l’œuvre. Au début des années 1980, le projet de la DATAR permet de faire dialoguer de manière exemplaire la quête de reconnaissance de la photographie dans le champ de l’art contemporain et la ré exion autour du devenir d’un paysage radicalement transformé par les Trente Glorieuses. Se positionnant comme un véritable laboratoire des pratiques et des formes, elle favorise alors l’émergence d’une recherche orientée autour de la représentation paysagère en photographie, tout en faisant école à travers la mise en avant d’un style documentaire et d’une jeune génération de photographe. Trente ans plus tard, si les questionnements ont évolué, il apparaît comme nécessaire de poursuivre une ré exion sur le territoire contemporain. La forme de la mission s’inscrit dans son époque, en se défaisant de la dimension hiérarchique induite par la commande institutionnelle à la faveur d’un projet initié par une mise en réseau des acteurs, adoptant une dynamique de gestion informelle et horizontale. Par-delà les différences, France(s) Territoire liquide conserve dans sa formulation les qualités qui ont fait la valeur de la Mission de la DATAR, se proposant d’être le laboratoire d’expériences plurielles et valorisant la jeune création tout en questionnant la représentation du territoire contemporain.
Un territoire devenu liquide, à la forme mouvante, changeante, un territoire aux multiples facettes. La solidité d’un territoire géré et administré selon des frontières immuables semble avoir laissé place à une multiplicité de territoires à la plasticité mobile. Territoire vécu, territoire affectif, territoire des  ux, territoire arti ciel : intimes ou partagés, ancrés dans leur propre temporalité, les territoires du contemporain s’enchevêtrent et se superposent dans une perception qui se veut avant tout sensible. Dégagée de son carcan documentaire, la photographie assume ici sa dimension  ctionnelle pour devenir le lieu d’une véritable mise en récit. Devenues  uides, argentiques ou numériques, constituées aussi bien de chimie, de pixel ou de pigments, réalisées au téléphone portable comme à la chambre photographique, les photographies du projet France(s) Territoire liquide offrent ici une vision kaléidoscopique d’un territoire quotidien soumis au prisme de l’imaginaire.

Par Raphaële Bertho, février 2013